Lisabuzz Pochettes légendaires · 14 juillet 2026

The Who — Who's Next : la pochette qui pisse sur le monolithe de Kubrick

Quatre types, un monolithe, zéro respect

The Who — Who's Next, le groupe devant un pilier de béton sur un terril, 1971

The Who — Who's Next (1971)

Un pilier de béton planté au millieu d'un terril anglais, un ciel de fin de journée, et quatre types qui s'éloignent en remontant leur braguette. Voilà. C'est ça, la pochette de Who's Next. Parmi toutes les pochettes légendaires dont je te parle ici, c'est probablement la seule qui repose entièrement sur une blague de pipi. Et pourtant on est d'accord : c'est un des plus grands albums de rock de tous les temps. Le monde est mal fait, ou très bien fait, je sais plus.

Un monolithe tombé du mauvais film

Remets-toi dans le contexte. 1968, Stanley Kubrick sort 2001 l'Odyssée de l'espace, et tout le monde tombe à genoux devant son monolithe noir, ce grand rectangle mystique qui fait évoluer l'humanité en la regardant de haut. C'est solennel, c'est cosmique, c'est du cinéma avec un grand C. Trois ans plus tard, les Who trouvent leur propre monolithe — un vulgaire pilier de béton qui dépasse d'un terril de mine dans le nord de l'Angleterre — et ils font la seule chose raisonnable : ils font semblant d'avoir pissé dessus.

C'est une réference directe, évidente, assumée. Là où Kubrick te disait « contemple l'infini », les Who te répondent « ouais ouais, deux secondes, on finit un truc ». Toute la différence entre le rock progressif qui se prenait au sérieux et les Who, elle tient dans ce geste-là.

L'histoire vraie : un terril et une pause technique

La scène se passe près d'Easington Colliery, dans le comté de Durham. Le groupe rentre d'un concert dans la région, ils croisent ce paysage lunaire de scories, ils se sont arrêter, et le photographe Ethan Russell — le type qui a aussi shooté les Beatles et les Stones, excuse du peu — sort son appareil. Le pilier de béton était déjà là, vestige de la mine. Personne l'a construit pour la photo. Le grand art, parfois, c'est juste savoir reconnaître un accessoire quand le destin t'en pose un sur la route.

Et la légende dans la légende : la plupart des membres du groupe étaient incapables d'uriner sur commande. Alors d'après Russell lui-même, on a versé de l'eau de pluie récupérée dans une boîte de pellicule pour faire les traces qui coulent sur le béton. La pochette la plus insolente du rock anglais est donc, techniquement, une mise en scène d'eau de pluie. Ça les a pas empécher de passer à la postérité comme les types qui ont pissé sur Kubrick. La com', déjà, en 1971.

Les cendres de Lifehouse

Ce qu'on oublie souvent, c'est que Who's Next est un album né d'un échec. Pete Townshend voulait faire Lifehouse, un projet de science-fiction délirant avec concerts interactifs, réseau informatique mondial et musique générée à partir des données personnelles des spectateurs — en 1971, le type avait grosso modo inventé Internet et Spotify dans sa tête, et forcément personne comprenait rien. Le projet s'effondre, Townshend frôle la dépression, et des décombres on tire dix chansons. Dont Baba O'Riley. Dont Won't Get Fooled Again. Dont Behind Blue Eyes. Les décombres, quoi.

Du coup la pochette prend un autre sens. Le monolithe de 2001, c'était le symbole du futur grandiose, de la technologie qui élève l'humanité. Townshend sortait justement d'un an à se noyer dans une utopie technologique qui a faillit le détruire. Pisser sur le monolithe, c'est peut-être aussi ça : la revanche du groupe sur le concept. Le rock qui redescend sur terre, sur un tas de charbon, là où ça sent la pluie et le diesel.

La plus humaine des pochettes cosmiques

Regarde-la encore une fois. Le cadrage est magnifique, le ciel est somptueux, la lumière est digne d'un tableau romantique allemand. Tout, dans cette image, pourrait être grandiose. Et au premier plan, quatre silhouettes fatiguées qui te tournent à moitié le dos, comme des ouvriers à la fin du chantier. Who's Next a la seule pochette mystique de l'histoire où les héros s'en vont en refermant leur pantalon. C'est vulgaire trente secondes, et puis c'est bouleversant : face à l'infini, l'humanité a toujours répondu par des gestes minuscules.

Et je repense à ce pilier de béton, qui existe plus aujourd'hui — le terril a été nettoyé, le site a changé, le monolithe des Who a disparu comme celui de Kubrick. Il reste une photo, prise un soir de 1971 parce que quatre types rentraient d'un concert et avaient envie de rigoler. Les monuments les plus durables sont souvent ceux qu'on a pas construits exprès. Enfin bref. Je vais me faire un thé.

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Commentaires

mod_father_uk

l'anecdote de la boîte de pellicule je la connaissais pas 😂 40 ans que je crois à un truc qui a jamais existé

Sandrine_vinyles

Baba O'Riley sorti d'un projet raté ça me console de tous mes projets ratés perso 🙃

kubrick2001fan

en tant que fan de Kubrick je devrais être vexé mais objectivement c'est la meilleure réponse possible au monolithe

jeanmi_du_62

des terrils y'en a plein chez moi dans le nord, si les Who veulent revenir pisser on a tout ce qu'il faut 💪

LauraKeys

« les héros s'en vont en refermant leur pantalon » ok c'est la phrase de l'année

ziggy_padbol

Entwistle en cuir noir qui regarde même pas l'objectif, le plus classe des quatre comme d'hab 🖤

Lisabuzz