Lisabuzz Pochettes pop · 3 juillet 2026

FKA twigs — EUSEXUA : crâne rasé et griffes d'argent, la pochette comme totem

FKA twigs — EUSEXUA : crâne rasé, griffes d'argent, un visage qui te transperce

Portrait rapproché de FKA twigs, crâne rasé, regard frontal, bijoux d'oreille en griffes d'argent sur fond beige

FKA twigs — EUSEXUA (2025)

Y'a des pochettes que tu regardes, et y'a des pochettes qui te regardent. Celle-là, elle te fixe. Dans toutes les pochettes pop que je décortique par ici, je crois que c'est le regard le plus frontal, le plus « je te lâche pas des yeux » que j'ai croisé depuis longtemps. EUSEXUA, troisième album de FKA twigs sorti en janvier 2025, c'est un portrait rapproché : crâne complètement rasé, peau chaude qui capte la lumière, et deux yeux plantés droit dans les tiens. Aucune fuite possible.

Une pochette-visage, réduite à l'essentiel

Ce qui me frappe en premier, c'est le vide autour. Pas de décor, pas de titre en gros, pas de couleur qui hurle. Juste un fond beige, presque un blanc sale, et un visage qui remplit tout le cadre. Twigs a rasé sa chevelure — elle qui a construit une partie de son image sur des coiffures monumentales — et là, plus rien. Le crâne nu, c'est un choix hyper radical. Ça enlève l'artifice, ça enlève la mode, et ça te laisse seul avec la structure du visage. Les pommettes, les arcades, la machoire. C'est presque une sculpture, un buste antique passé à la lumière d'un studio.

Les griffes d'argent, le seul luxe autorisé

Et pourtant y'a un détail qui change tout : les bijoux d'oreille. Des espèces de griffes, de crocs, de longues pointes métalliques qui percent le cartilage et qui pendent le long de la joue. On dirait un mélange entre de la joaillerie couture et une créature de film de science-fiction. C'est le seul endroit de l'image où il se passe quelque chose de baroque, et du coup ton œil y revient sans arrêt. Le reste est nu, calme, minéral — et là, ces griffes d'argent qui accrochent la lumière comme des petites lames. C'est un contraste super intelligent : le dépouillement total, plus un seul point de folie ornementale.

La photo est signée Jordan Hemingway, et ça se sent : le grain analogique, la peau qui a l'air vraie, pas lissée au silicone comme la moitié des pochettes pop actuelles. Tu vois les pores, tu vois la sueur presque. C'est un portrait qui refuse la perfection numérique, et c'est exactement pour ça qu'il aparait aussi vivant.

« Eusexua », un mot qu'elle a inventé

Faut expliquer le titre, parce que ça éclaire toute la pochette. « Eusexua », ça veut rien dire — c'est un mot que twigs a fabriqué pour désigner un état de transe, un moment de présence totale où t'es complètement dans ton corps et déconnecté de tout le reste. Elle raconte l'avoir vécu dans les clubs techno de Prague pendant qu'elle tournait un film. Du coup le visage rasé prend son sens : c'est un corps qui s'est dépouillé de tout pour atteindre cet état-là. Pas de cheveux, pas de masque, juste toi, brut. La critique a beaucoup parlé de ce virage vers la piste de danse, et la pochette est la traduction visuelle exacte de cette idée : le rave comme rituel, le corps comme temple.

Pourquoi ça me remue autant

Honnêtement, la première fois, j'ai été un peu intimidée. Ce regard, ce crâne, cette assurance totale — j'ai eu l'impression qu'elle me jugeait à travers l'écran. Et puis j'ai compris que c'était pas du jugement, c'était de l'invitation. Elle te dit : « viens, enlève tout, sois là ». C'est une artiste qui a toujours transformé la douleur en beauté sculpturale, et là elle atteint une forme de calme que je lui connaissais pas. Un calme qui impressionne plus que n'importe quel cri.

Ce qui me reste, c'est cette idée que la pop peut être minérale. On associe la pop au sucre, au brillant, au maximalisme. Et voilà une pochette qui fait le pari inverse : la sobriété absolue, un visage, un fond neutre, deux bijoux qui brillent. Rien de plus. Et ça marche mieux que mille effets.

Je vais être honnête jusqu'au bout : cette pochette me rend un chouïa mélancolique, parce qu'elle me renvoie à toutes les fois où j'ai cru qu'il fallait en rajouter pour exister. Twigs prouve le contraire. Elle enlève, elle rase, elle épure, et elle est plus présente que jamais. Y'a une leçon là-dedans que j'essaye encore d'apprendre, à mon age.

Lisabuzz

À lire aussi

Commentaires

transe_prague

3 juillet 2026

transe_prague : ce regard 👁️👁️ j'ai baissé les yeux devant ma propre pochette d'album mdr niveau présence : 10/10

silver_claws

3 juillet 2026

silver_claws : les bijoux d'oreille c'est de l'orfèvrerie extraterrestre 🗡️✨ je veux les mêmes pour aller chercher le pain

minimalisme_fatal

3 juillet 2026

minimalisme_fatal : un fond beige et un visage, et ça écrase 90% des pochettes surchargées de l'année. la sobriété c'est un flex 🤍

rave_mystique

3 juillet 2026

rave_mystique : quand t'as compris que "eusexua" c'était un mot inventé pour la transe en club, la pochette prend une autre dimension 🌀 chef d'oeuvre

grain_argentique

3 juillet 2026

grain_argentique : ENFIN une pochette avec de la vraie peau, du vrai grain, pas du plastique retouché. Hemingway au photoshoot = garantie qualité 📷