beabadoobee — Pylon : un tiroir à bazar, un fil rouge, une pochette qui garde tout
beabadoobee — Pylon : un tiroir à bazar, un fil rouge, une pochette qui garde tout
beabadoobee — Pylon (2026)
Vendredi matin, il pleuviote sur Paris, j'ai Lulu qui ronfle sur mes pieds et, sur l'écran, une pochette indie qui ressemble à mon tiroir de cuisine. Je dis ça avec tendresse. Tu sais, ce tiroir où il y a un tournevis, trois piles mortes, une clé qui n'ouvre plus rien et le ticket d'un restaurant d'Arcachon de 2017. Eh bien beabadoobee en a fait une pochette. Et franchement, c'est plus beau que chez moi.
Un collage qui sent le papier vieux
Regarde bien. Un fond crème, taché, un peu jauni, comme une page de carnet qu'on aurait oubliée au soleil. Dessus, des morceaux de choses : un bout de papier bleu-vert avec un œil de femme, à moitié coupé. Un rectangle sombre, presque ardoise. Un reçu griffé. De la cire, du papier de soie, une épingle. Un bouton à fleurs, accroché à une chaîne. Un petit papillon de strass qui brille là, tout seul, comme un bijou de fête foraine. Et puis ce cadenas, en bas, avec ses petites clés, posé sur un bout de carton couleur chair.
Le nom de l'artiste, lui, est découpé, tronqué, à peine lisible sur le côté. Pylon, au centre, sur une étiquette façon Dymo qu'on aurait collée de travers. C'est pas un logo, c'est un papier qui traîne. J'adore.
Le fil rouge, évidemment
Et là-dessus, des fils rouges. Trois, quatre, qui traversent tout. Ils partent du haut, ils filent en diagonale, ils se croisent au milieu, ils relient les objets comme dans ces films policiers où le flic punaise des photos au mur. Sauf qu'ici l'enquête, c'est la vie de quelqu'un. D'après cette critique du DBK News, c'est exactement l'image qui vient : celle de ce qu'on trouve en vidant un vieux tiroir à bazar. Chaque objet est un souvenir, chaque fil est une raison de ne pas le jeter.
Je suis Scorpion, je garde tout. Les tickets, les mots, les cartes postales. Le fil rouge, je connais. C'est ce qui relie les gens qui ne devraient plus se parler et qui pourtant se parlent encore dans ta tête. Les mecs, en général, jettent. Nous, on ficelle.
Un disque qui a grandi, une pochette aussi
Pylon est sorti le 16 septembre 2026 chez Dirty Hit et Interscope : quatorze titres, une grosse quarantaine de minutes. Après Beatopia et This Is How Tomorrow Moves, on retrouve Bea Laus avec un son plus sec, plus abrasif, des guitares qui saturent et des batteries qui tapent, ce que la presse décrit comme une alt-rock des années 90 et 2000. Melodic Magazine parle d'une voix avec plus de mordant. Il y a des invités, aussi : Hayley Williams sur « Nothing To Prove », Brendan Yates de Turnstile sur « Powerlines ». Ça fait plaisir, ça me rappelle mes années à écouter Paramore en cachette de mes cousins.
Et la pochette colle avec ça. Pas de portrait léché, pas de visage sur fond pastel. Elle t'avait habitué à la rêverie, là elle te montre l'envers du décor : le bricolage, les ratures, les fils qui dépassent. C'est le même glissement que la musique, du flou vers le grain. Pour la tracklist complète, c'est sur AllMusic.
Le cadenas, le vrai personnage
Moi, mon œil s'arrête toujours sur le cadenas. Il est petit, patiné, un peu verdi, avec sa clé qui pend. Il est fermé. Et à côté, il y a la chaîne, et à côté de la chaîne, il y a le bouton, et à côté du bouton, il y a un bout de papier avec des phrases tapées à la machine : à moitié effacées, comme des lignes d'une lettre. Le cadenas ferme, le papier appelle. C'est tout le disque : une fille qui garde ses affaires sous clé et qui écrit pourtant à quelqu'un, quand même.
Après, je dois être honnête, j'ai hésité. La première fois, j'ai trouvé ça un peu bizzarre, presque brouillon. Puis j'ai laissé l'image tranquille cinq minutes, et elle s'est mise à parler toute seule. C'est une pochette qui se mérite. Elle est definitivement plus intéressante à l'écran qu'en miniature sur un téléphone, et c'est un peu le drame de 2026 : on regarde des collages de papier de soie sur un carré de trois centimètres.
Le tiroir qu'on n'ose pas vider
Je pense à Russel, mon chat, qui adorait se coucher dans mon tiroir à écharpes. Je n'ai jamais osé le vider vraiment. Je suis restée a regarder cette pochette longtemps, en me disant que c'est ça, grandir : savoir qu'il faut jeter, et ne pas y arriver. Alors on colle, on ficelle, on en fait un disque. Pylon, c'est ça : un tiroir qu'on n'ose pas vider, mis en musique, avec du fil rouge dessus pour être sûr de ne rien perdre.
Allez, je vais ranger le mien. Demain. Ou jamais.
Lisabuzz








Commentaires
pixel_melody
2 octobre 2026
Le cadenas m'a eue direct, je l'avais même pas vu au premier coup d'œil 🔒🖤✨
K7_forever
2 octobre 2026
Mon tiroir à moi c'est pire, il y a un Tamagotchi dedans 😭💿
grunge_angel_
2 octobre 2026
Hayley Williams sur un disque de Bea, je pleure, j'ai 15 ans à nouveau 🎸🔥😍
platine_usée
2 octobre 2026
Moins clinquante que Beatopia mais bien plus touchante. Le fil rouge, quelle idée 🧵👏