Teenage Fanclub — Do Not Dare To Dream : la pochette où le rêve montre les dents
Teenage Fanclub — Do Not Dare To Dream : la pochette où le rêve montre les dents
Teenage Fanclub — Do Not Dare To Dream (2026)
Vendredi matin, le café est tiède, Lulu a volé ma chaussette gauche et moi je tombe nez à nez avec une pochette indie qui me fait un grand sourire de travers. Enfin, un sourire. Une bouche. Un trou. Je ne sais pas trop. Teenage Fanclub sort aujourd'hui son treizième album, et visiblement quelqu'un chez eux a décidé que le rêve, ça pouvait aussi avoir des dents.
Un cadre rose qui ne tient pas droit
Commençons par le contour, parce que c'est lui qui t'attrape. Un grand cadre rose bonbon, peint à la main, dont les bords ondulent comme de la crème pâtissière qu'on aurait étalée avec un doigt. Rien n'est droit. Rien n'est symétrique. On voit presque les coups de pinceau, le geste un peu tremblant de quelqu'un qui n'a pas voulu corriger. Autour de lui, le noir. Un noir total, épais, qui donne l'impression que la lumière s'arrête au bord du cadre.
Et sur les côtés, les lettres. Orange vif, penchées, écrites comme on gribouille sur un cahier de classe : « Teenage Fanclub » à gauche, « Do Not Dare To Dream » à droite, chacun monte ou descend le long du cadre comme un petit passager clandestin. Pas de police sérieuse, pas de logo de groupe. C'est un truc écrit à la main, point.
Le masque rouge et la bouche noire
Maintenant le cœur du sujet. Tout en haut, un masque rouge-orange, façon loup de carnaval, avec deux petits yeux bleus qui te fixent. Juste dessous, une frange jaune, comme des dents, ou une collerette de clown, ou un jabot. Puis, en dessous, le grand vide noir qui prend presque toute la pochette. Si tu plisses les yeux, c'est une gueule ouverte. Et tout en bas, un petit bout de rouge et de jaune, comme une lèvre ou une langue qui dépasse. Le masque est la tête, le noir est la bouche, et nous, on est dedans.
Dans cette bouche, au milieu, flotte un rectangle gris-bleu, légèrement penché, avec une bande verte à l'intérieur et des petits signes noirs qui ressemblent à des vaguelettes. Une porte ? Un écran d'ordinateur de 1995 ? Un paquet de mouchoirs ? Je n'ai pas la réponse, et je trouve ça magnifique. Aucun crédit de l'artiste n'est donné dans la presse que j'ai lue, alors je ne vais pas te raconter d'histoire : je te dis seulement ce que je vois.
« N’ose pas rêver », avec le sourire
Le titre dit déjà tout. D'après Our Culture Mag, Norman Blake explique que ces histoires de « dare to dream » sont un peu ridicules, et qu'il ne pense pas que le monde marche comme ça. Raymond McGinley ajoute qu'on peut rester joyeux et optimiste même quand les choses ne vont pas très bien. Voilà. Toute la pochette est là : un rêve qu'on n'ose pas faire, mais qui est quand même dessiné, en rose et en orange, avec un masque pour se cacher.
Le disque sort chez Merge, dix titres, après Nothing Lasts Forever en 2023. Il a été enregistré, d'après The Line of Best Fit, au Black Bay Studio, sur l'île de Great Bernera, dans les Hébrides extérieures. Le clip de « Day In The Sun » y a été tourné aussi, comme le raconte Why Now. Un studio au bout du monde pour un groupe qui chante le soleil : je trouve ça très écossais comme humour.
Ce que ça me fait, à moi
Je dois t'avouer un truc : je n'ai pas tout de suite aimé. Les groupes de ma jeunesse avaient des pochettes léchées, des photos de quatre mecs en blouson devant un mur. Là, c'est presque enfantin, apparament fait avec trois pots de gouache. Et puis j'ai regardé plus longtemps, et j'ai compris que c'était exactement le but. Un groupe qui existe depuis plus de trente ans n'a plus rien à prouver, alors il se permet de dessiner une bouche noire avec un loup rouge. C'est presque de l'insolence tranquille.
Et ce rectangle vert au milieu du noir, tout seul, c'est moi quand je rentre le soir dans mon appartement vide et que le frigo est la seule lumière. Tout petit, un peu de travers, mais allumé. Tu me diras que c'est dramatique. Oui. Mais c'est vendredi, j'ai le droit.
Une pochette qui rêve quand même
Au fond, ce que j'aime, c'est le contraste. Les couleurs sont gaies, bonbon, presque de fête foraine, et pourtant tout est avalé par du noir. C'est exactement la phrase de McGinley mise en image : être joyeux dans un monde qui ne s'y prête pas. Je regarde la pochette une dernière fois, et elle me regarde aussi, avec ses deux petits yeux bleus de carnaval.
Bon. Je vais retrouver ma chaussette, et peut-être aussi mes rêves, tout les deux sous le canapé.
Lisabuzz







Commentaires
brit_pop_baby
9 octobre 2026
Le loup rouge avec les yeux bleus, j'ai cru voir un raton laveur 🦝😂🎨
K7_forever
9 octobre 2026
Treize albums et toujours cette douceur, Bandwagonesque me manque mais je suis là 💿💚
glasgow_girl_
9 octobre 2026
Great Bernera, le bout du monde pour de vrai, ça explique le noir 🌊🖤