Wolf Alice — The Clearing : seule sous le projecteur, la pochette qui joue les seventies
Un rond de lumière, une fille dedans, et le noir tout autour
Wolf Alice — The Clearing (2025)
Tu connais ce moment, en concert, où tout s'éteint sauf un seul projecteur ? Le batteur disparaît, le bassiste disparaît, il reste une personne et un micro. C'est exactement ça, la pochette de The Clearing. Dans la grande famille des pochettes indie qui se prennent pour des films, celle-ci a choisi le plan le plus simple et le plus casse-gueule : une scène, un spot, une chanteuse, et du noir partout ailleurs.
Ellie Rowsell est là, au centre, dans un justaucorps vert irisé qui accroche la lumière comme une écaille de poisson, pantalon évasé, bottes blanches, le micro tenu du bout des doigts. Elle est en plein mouvement, cambrée, la tête renversée. Ce n'est pas une pose de rockeuse indie qui regarde ses chaussures. C'est une pose de crooneuse. Une pose de Liza Minnelli qui aurait écouté du Fleetwood Mac en boucle pendant deux ans. Et au dessus d'elle, en lettres ondulées, ce logo « Wolf Alice » qui ressemble à s'y méprendre à un vinyle sorti en 1977 et retrouvé chez ton oncle.
Le premier album où on ne voit que Ellie
Il faut comprendre d'où ils viennent. Sur My Love Is Cool, sur Visions of a Life, sur Blue Weekend, Wolf Alice c'était quatre personnes, un groupe, un gang de Londres nord qui gagne le Mercury Prize en 2018 et qui refuse d'être réduit à sa chanteuse. Et là, pour leur quatrième album, le premier chez Columbia après avoir quitté Dirty Hit, ils font l'inverse. Ils mettent Ellie toute seule dans la lumière. Pas de Joff, pas de Theo, pas de Joel. Le groupe existe encore, évidemment, mais il est dans le noir, hors champ, comme des musiciens de cabaret derrière la vedette.
Ce n'est pas un hasard. Rowsell l'a expliqué à FLOOD Magazine : cet album s'intéresse aux performances des crooners et des show tunes, aux gens qui chantent de façon très énergique et très théâtrale, pas « à la manière d'un groupe de rock ou d'indie ». La pochette, c'est la traduction littérale de cette phrase. Une seule personne visible dans un projecteur, en train de tout donner. Le disque qui va avec s'appelle d'ailleurs « la clairière ». L'endroit où les arbres s'arrêtent et où, enfin, on voit quelque chose.
Le vert qui fait tout
Parlons de ce justaucorps. Parce que sur un fond noir avec un plancher de scène beige, la seule vraie couleur de l'image c'est ce vert d'eau irisé, presque métalique, qui change selon l'angle. C'est un vert de costume de scène, un vert de paillettes de Bowie période Ziggy, un vert de sirène de music-hall. Et il fait le boulot que font les meilleurs pochettes : il te dit la couleur du disque avant que tu l'aies écouté. Un disque brillant, doux, un peu kitsch, très maîtrisé. Exactement ce que produit Greg Kurstin quand on lui confie un groupe qui veut sonner comme Rumours écrit aujourd'hui à Londres.
Le reste de l'image est volontairement pauvre. Un rond de lumière au sol, une ombre qui s'étire, et le vide. Ça paraît rien, mais c'est le plus dur à faire. Tout le monde sait remplir une pochette. Peu de gens savent la vider et garder ton regard. La photographe et directrice artistique Rachel Fleminger Hudson a piloté toute l'image de l'album, et pour la première fois Wolf Alice a confié l'ensemble du visuel à une seule personne. Ça se voit : le disque a une signature, pas juste une pochette.
Le logo, ce vieux tour de magie
Je veux dire un mot sur ce lettrage. Ces lettres qui ondulent, ce « Wolf Alice » façon enseigne de cabaret ou pochette de folk-rock californien, dessiné par Anna Mills. C'est un tour que les groupes indie adorent en ce moment : emprunter la typographie d'une époque pour dire « on a grandi, on écoute nos parents maintenant ». Fontaines D.C. l'ont fait avec leur chevalier, The Last Dinner Party avec leur tableau baroque. Wolf Alice le fait avec un logo qui sent le vinyle rayé et la moquette orange. Et ça marche, parce que le disque tient la promesse : numéro 1 au Royaume-Uni, nommé au Mercury Prize 2025, et le groupe reparti avec le Brit du meilleur groupe britannique en 2026. Pas mal pour une pochette qui montre une seule personne sur quatre.
NME a résumé l'album comme le genre de disque qu'on ne peut écrire qu'une fois la poussière de ses vingt ans retombée. La pochette dit la même chose sans un mot. Pas de bordel, pas de flou artistique, pas de collage. Une femme qui sait exactement ce qu'elle fait, dans un rond de lumière, et qui n'a plus besoin que les trois autres soient dans le cadre pour exister.
Et moi dans tout ça
Je crois que ce qui me touche, c'est le noir autour. Pas la fille, pas le vert, pas le logo. Le noir. Cette idée que pour enfin être vu, il faut accepter que tout le reste disparaisse. Que la clairière, c'est joli sur le papier, mais qu'on y arrive seule, et qu'il y fait très clair et très froid en même temps.
J'ai toujours rêvé d'être celle qu'on garde dans le projecteur quand tout s'éteint. En vrai, à chaque fois que la lumière tombe sur moi, je cherche les trois autres du regard. Allez, je remets le disque, en boucle, seule dans mon salon, avec la lampe du plafond en guise de spot.
Lisabuzz










Commentaires
seven_sisters_crew
11 septembre 2026
Le justaucorps vert est la meilleure décision vestimentaire de 2025 et je ne prends pas de questions. 💚✨🎤
joff_on_est_la
11 septembre 2026
Les trois autres dans le noir 😭 justice pour Joff, Theo et Joel. Bon, la pochette est magnifique quand même. 🖤🎸
rumours_1977
12 septembre 2026
Le logo j'ai cru que c'était une réédition Fleetwood Mac chez le disquaire. Piégée. Et pas mécontente. 🪩📀
the_sofa_enjoyer
12 septembre 2026
« La lampe du plafond en guise de spot » je me suis reconnue et ça fait mal. Merci Lisa. 🛋️💡🥲
mercury_watch
13 septembre 2026
Nommé au Mercury, numéro 1 UK, Brit du meilleur groupe... et la pochette la plus sobre de leur carrière. Comme quoi. 🏆👏