Lisabuzz › Pochettes légendaires · 13 octobre 2026

Kate Bush — Hounds of Love : deux chiens, un tulle mauve et la pochette d'une femme qui rêve qu'elle coule

Le rêve est mauve, les chiens veillent

Pochette de Hounds of Love de Kate Bush (1985) : sur fond blanc, une photo mauve où Kate Bush est allongée, cheveux étalés dans le tulle, entre deux chiens qui posent la tête contre elle

Kate Bush — Hounds of Love (1985)

Je sais pas trop par où commencer avec celle-là, alors je commence par le mauve. Un mauve de bonbon, de guimauve, de robe de communion qui aurait trop bu. Au milieu, une femme allongée sur le dos, les cheveux partis dans tous les sens comme si elle flottait, et contre elle deux chiens qui se serrent, la truffe dans son épaule. Dans le rayon des pochettes légendaires, elle a ce truc rare : elle est douce et elle te met mal à l'aise en même temps.

Une photo de famille, mais pas tout à fait

Le détail qui m'a fait sourire quand je l'ai appris : la photo est de John Carder Bush, le frère de Kate. Pas un grand nom du portrait de studio, non, son frère. Et les deux chiens, ce sont les siens, Bonnie et Clyde, ce qui est quand même un joli clin d'œil quand on sait que le disque parle d'amour qui fait peur. Donc on a une artiste de vingt-sept ans qui, avec l'argent d'une grosse maison de disques, choisit de poser en famille. Elle est allongée dans du tulle, le regard de côté, la bouche à moitié boudeuse, et les chiens n'ont pas l'air de poser du tout. Ils sont là, c'est tout. Ils veillent.

Autour, du blanc. Beaucoup de blanc, avec « Kate Bush » en haut à droite et « Hounds of Love » en bas à gauche, en italiques violettes, presque manuscrites. La photo flotte au milieu comme un souvenir collé dans un album. Ça pourrait être mièvre. Ça l'est pas, parce que le regard de Kate dit autre chose que le décor, un truc du genre « ne vous y trompez pas ».

Une face pour l'amour, une face pour la noyade

L'album sort le 16 septembre 1985, et c'est là que la pochette devient un piège gentil. La première face, c'est la pop : « Running Up That Hill », « Cloudbusting », « Hounds of Love », des chansons qui courent et qui tapent dans le ventre. La deuxième face, elle, s'appelle « The Ninth Wave », une suite de morceaux où une femme tombe à l'eau, la nuit, seule, et lutte pour pas s'endormir. Tu retournes le disque et la tulle mauve devient une mer. Les chiens, eux, passent de gardiens à passeurs. Mon dieu, comme ça change tout.

Kate Bush a fabriqué une bonne partie de ça dans son propre studio, chez elle, dans la campagne anglaise, avec un Fairlight pour les sons et une obstination démeusurée. Le disque a fini numéro un au Royaume-Uni, ce qui prouve que le public peut avoir du flair quand on lui laisse le temps. Si tu veux fouiller les éditions et les pressages, Discogs est un gouffre à vinyles dans lequel je te conseille de ne pas tomber avant le week-end, et le site officiel de Kate Bush garde la trace de tout le reste. Pitchfork a aussi consacré au disque de longues lignes que je te laisse lire avec un thé.

Lulu a une opinion

Moi, j'écoutais ça le premier soir où j'ai eu Lulu sur les genoux, dans mes Converse roses, et franchement j'était pas prête. Ce petit chien blanc aux yeux bleus a regardé les deux grands chiens de la pochette sur mon écran et il a grogné, une fois, doucement, comme on salue un cousin de province. Ça m'a fait rire toute la soirée. C'est le genre de pochette qui rend les gens bêtes d'attendrissement et les chiens jaloux.

Y'a aussi du Marie Laurencin là-dedans, ce côté pastel, ces femmes qui ont l'air de rêver debout. Sauf que Laurencin aurait pas mis ces cheveux-là, ces boucles qui partent en fusée. Et puis il y a la question que personne se pose : pourquoi cette image a l'air plus moderne aujourd'hui qu'une bonne partie de ce qui sort en pochette ? Je crois que c'est parce qu'elle a pas peur de la douceur. Aujourd'hui tout le monde fait la tête de dur, de maudit, de brouillone destructeur. Elle, elle fait la tête de quelqu'un qui sait quelque chose.

En 2022, une série américaine a remis « Running Up That Hill » dans les oreilles de gamins qui n'étaient pas nés, et j'ai trouvé ça beau, presque quarante ans après, que les morts et les vivants s'écoutent comme ça. Il pleut sur Paris ce soir, mon dos me fait des misères, et j'ai remis la deuxième face. Les chiens sont toujours là, Kate flotte toujours dans son tulle, et moi je me dis que certaines nuits, il faut juste quelqu'un pour ne pas lâcher ton épaule. Enfin bon. C'est une pochette. C'est juste une pochette.

Lisabuzz

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Commentaires

ninth_wave_92

13 octobre 2026

La face B, je l'écoute jamais avant minuit. Jamais. Et la pochette la prépare tellement bien 🌊

fairlight_forever

13 octobre 2026

Je savais pas que c'était son frère derrière l'appareil, ça change tout, merci Lisa 🥹

mauve_et_mélancolie

13 octobre 2026

Les cheveux de Kate sur cette photo, je veux les mêmes. Mon coiffeur a dit non ✂️

lulu_fan_club

13 octobre 2026

Lulu a bien raison de grogner, deux concurrents d'un coup 🐶