Lisabuzz › Pochettes pop · 23 octobre 2026

Troye Sivan — She's the Best : une cigarette, des paillettes, et sous le métro aérien, une pochette qui ne s'excuse pas

Une fille, une clope, un train qui passe, et le chanteur nulle part

Une femme blonde aux cheveux ondulés, faux-cils pailletés et ongles roses, fume une cigarette devant une borne rouge, sous un métro aérien new-yorkais et un ciel bleu

Troye Sivan — She's the Best (2026)

Je l'avoue, en ouvrant la pochette j'ai cherché Troye. Dix secondes. Je zoomais, je dézoomais, j'ai même regardé dans le coin en bas à droite comme si il s'était caché derrière le poteau. Rien. Dans la grande famille des pochettes pop qui jouent les starlettes sans la star, celle-ci pousse le jeu jusqu'au bout : le chanteur ne figure pas sur sa propre pochette. C'est une femme qui occupe tout l'espace, et franchement elle n'a pas l'air d'avoir demandé la permission.

Elle est blonde, des ondulations façon pin-up des années 40, des faux-cils pailletés dorés, des ongles roses longs comme des stylos, une cigarette qui pend au coin des lèvres. Deux gros cache-tétons en strass, un gilet de satin blanc qui tient on ne sait comment, et derrière elle un métro aérien qui passe sous un ciel bleu d'été. Une borne rouge toute cabossée, des câbles électriques, du béton fatigué. C'est New York, c'est la lumière crue d'une pellicule 35 mm, et c'est le contraire exact d'une pochette de pop star lissée au Photoshop.

Un casting qui prend la lumière à la place du chanteur

Le disque s'appelle She's the Best, « elle est la meilleure », et il faut le prendre au pied de la lettre. Troye Sivan y chante ses muses, des femmes qu'il admire, qu'il envie, qu'il suit dans la rue avec des yeux de gosse. Le titre phare parle d'une fille stylée, libre, un peu insaisissable, et il paraît que Charli XCX fait les chœurs dessus. Alors évidemment, la pochette fait pareil : elle met la muse devant, et le chanteur derrière l'objectif, en spectateur.

Petite précision que je préfère donner, parce qu'on ne sait pas tout. Slant crédite Marcus Cooper pour la photo, alors que Attitude, au moment de l'annonce, cite le nom d'Anna Bloda à propos de l'image. Je ne sais pas qui a fait quoi, je ne vais pas inventer. Ce que je vois, moi, c'est le résultat.

Le bleu, le rouge, le strass

Regarde les couleurs, parce que tout est là. Un ciel bleu un peu délavé, une borne rouge brique, et au milieu une peau claire et deux petits miroirs qui accrochent le soleil. Trois touches, pas une de plus. Le strass, c'est le détail qui fait tout basculer : sans lui ce serait une photo de rue banale, avec lui c'est une fille de cabaret qui est sortie fumer entre deux numéros et qu'on a pris en photo au passage. Ça me rappelle une affiche de Modigliani qui aurait mal tourné, le cou en moins, les paillettes en plus.

Et puis il y a cette cigarette. Je sais, je sais, on ne montre plus ça, on est en 2026, on a tous arrêté (sauf moi dans ma tête, un peu). Mais elle sert à ça : dire que la fille n'est pas là pour faire joli, elle est là pour être vue pendant qu'elle fait autre chose. Un geste mou, un regard dans le vide, une pose qui ne pose pas. C'est ça que les mecs qui dessinent des pochettes ne comprendront jamais : le naturel, ça se travaille encore plus que le chic.

La pochette qui dit « cool » à ta place

Maintenant je vais être un peu méchante, parce que Scorpion oblige. Dans sa critique, Slant reproche à l'album d'être un disque de goût plus que de confidences : un garçon qui connaît tout de la pop et qui laisse ses muses parler à sa place, au point que sa propre histoire reste floue. Et la pochette fait exactement la même chose. Elle est superbe, elle est sûre d'elle, elle a l'air d'un cliché volé dans un fanzine de Brooklyn, mais elle ne te dit rien sur lui. Troye est absent, il laisse le décor et la femme faire le boulot. Soit c'est de la pudeur, soit c'est un très bon tour de passe-passe. Je n'ai pas tranché.

Mais bon, une pochette qui te fait te poser la question pendant dix minutes, c'est déjà une pochette qui a gagné. Combien de pochettes pop de l'année m'ont fait chercher quelqu'un du regard ? Zéro. Elles se ressemblent toutes, la même tête, le même regard caméra, les mêmes dents. Là, au moins, y a de l'air, du métro, du bruit au dessus de la tête.

Et moi dans tout ça

Je l'ai regardée longtemps, allongée sur le canapé, le dos en vrac, Lulu endormi contre mes pieds. Ce que j'aime, c'est ce métro qui passe. Il est flou, il va quelque part, et elle, elle reste là, sur le trottoir, à fumer. Tout le monde bouge sauf elle. J'ai connu ça, dans les années 90, devant la fenêtre, à regarder les autres partir pendant que je finissais ma cigarette sur le balcon. Elle est la meilleure, d'accord. Mais surtout elle est tranquille, et ça, c'est la chose la plus rare du monde.

Lisabuzz

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Commentaires

brooklyn_baby_92

23 octobre 2026

Moi aussi j'ai cherché Troye pendant dix secondes. Le fait qu'il ne soit pas là c'est le meilleur gag de la sortie. 😂🚇✨

strass_et_paillettes

23 octobre 2026

Les faux-cils dorés, les ongles, le gilet de satin... c'est un casting de rêve. Qui est-elle, qu'on lui offre un disque d'or ! 💅🌟

lulu_mon_ange

23 octobre 2026

Lulu qui dort sur tes pieds, ça c'est la vraie pochette de l'année. 🐶🤍

slant_fan_club

23 octobre 2026

Le coup du « disque de goût plus que de confidences » je l'ai pensé aussi, mais la pochette est quand même sublime. Les deux sont vrais. 🎧🖤