Lady Gaga — MAYHEM : la pochette derrière la vitre brisée
Derrière la vitre cassée, Gaga revient
Lady Gaga — MAYHEM (2025)
Je sais pas trop par où entrer dans cette pochette. C'est rare avec Lady Gaga. D'habitude tu sais déjà quoi en penser avant même de l'avoir regardée — c'est néon, c'est gros, c'est un costume, c'est une mise en scène, c'est Gaga. Là, c'est autre chose. C'est calme, c'est noir et blanc, c'est moche au sens noble du terme. Et c'est probablement la meilleure pochette pop récente sur laquelle je sois tombée depuis longtemps.
Le visage est presque entier. Cheveux foncés, frange, regard direct, pas de maquillage criard, juste les yeux qui te regardent fixe. À gauche du cadre, un truc bizarre se passe : une feuille de plastique transparent, ou une vitre fissurée, ou un film de cellophane déchiré, on sait pas trop. Cette espèce de couche brisée qui passe entre l'objectif et son visage. Et au moment où le pli de la cassure traverse son nez, sa bouche, la moitié de son visage devient flou, étiré, comme si elle se dédoublait en glissant.
Adieu Chromatica, adieu le néon
Faut se rappeler d'où on vient. Chromatica, 2020 : rose flashy, métal, cyber-armure, futur. Joanne, 2016 : chapeau rose, rouge à lèvres rouge, country lite. Avant ça : The Fame Monster, monstre justement, paillettes plus pulsions noires. Et là, MAYHEM, 2025. Plus rien de tout ça. Un noir et blanc grené, presque sale, qui ne fait aucun effort pour te séduire. Si Gaga voulait dire « je rentre à la maison, dans la vraie matière, dans le vrai photographique », le message est passé. Aucune lumière studio léchée, aucune retouche maquillage. C'est de l'image qui assume sa propre rugositée.
Daniel Sannwald, l'art du film qu'on déchire
Le photographe c'est Daniel Sannwald, allemand, basé à Anvers je crois. C'est lui qui avait déjà shooté FKA Twigs, Björk, Charli XCX. Sannwald il a un truc avec les couches transparentes, les déchirures, les filtres physiques posés devant la lentille. Tu le reconnais à ça : il met toujours quelque chose entre toi et son sujet. Une vitre, un film plastique, une eau, une fumée. Il refuse l'image directe. Il dit en substance : tu veux la voir mais tu vas la voir à travers quelque chose qui se casse. C'est sa signature. Et là, sur Mayhem, c'est presque caricatural tellement c'est lui.
Y'a un détail qui me plaît : c'est pas Photoshop. Le défaut optique, la déformation, la frange floue à gauche, c'est physique. Y'a quelqu'un, quelque part, dans un studio belge ou new-yorkais, qui a tenu un morceau de plastique cassé devant un objectif. Une main hors champ, qui appuye, qui décale. Tu le devines presque dans le cadre, tu vois le bord du plastique en haut à gauche. C'est trop concret. C'est trop tactile pour notre époque.
Le visage net, le visage flou — la double Gaga
Ce qui me fascine vraiment c'est le partage du visage. La moitié droite est ultra nette, presque trop. Tu vois chaque cheveu, chaque pore, le grain. La moitié gauche, elle, est complètement avalée par le défaut optique de la vitre cassé — étirée, fluide, presque liquide, on dirait un visage qui fond. Une moitié vivante, une moitié déjà ailleurs. C'est trop beau. Ça me fait penser à Modigliani bizarrement, ces visages qu'il étirait jusqu'à les rendre mélancoliques. Y'a la même façon ici de prendre une jolie figure et de la déformer juste assez pour qu'elle te raconte autre chose qu'une jolie figure.
Je note aussi le titre du disque qui n'apparaît pas. Pas de logo, pas de nom d'artiste sur la pochette officielle. C'est juste un visage. Faut être Gaga pour se permettre ça en 2025. Ça veut dire : si tu sais pas que c'est moi, c'est que tu vivais sous une roche. Ça veut dire aussi : on a plus besoin du marketing classique, l'image suffit. Discret, mais arrogant. J'aime bien.
Une pochette qui a pas peur du grain
Y'a un truc qui m'a vraiment frappée en ouvrant le fichier en grand : le grain est énorme. Presque trop. C'est pas du numérique propre, c'est argentique, ou bien retravaillé pour donner cette texture. Je trouve ça courageux pour une pochette pop. On est en 2025, l'IA recrache des images parfaitement lisses à la chaîne, et Gaga choisit littéralement le contraire — du grain, du flou, du défaut, de la matière qui s'effrite. Y'a un message là-dedans, je pense. Un truc du genre « les machines peuvent pas faire ça parce qu'il faut un corps derrière, qui tient un appareil, qui appuie une vitre fissuré contre un visage ». Je trouve ça bien. Limite je suis émue, faut pas le dire.
Et la musique alors ?
Bon, j'écoute pas vraiment. Je dois l'avouer. J'ai mis trois morceaux, j'ai trouvé ça beaucoup plus dance qu'attendu, beaucoup moins sombre que la pochette le promet. C'est un peu décevant honnêtement. L'image dit deuil, le son dit après-soirée. La presse spécialisée elle a beaucoup aimé, donc je vais pas faire ma diva. Mais la pochette tient toute seule, et c'est rare en pop. La plupart du temps c'est l'inverse : un disque qui mérite mieux que sa pochette. Là c'est une pochette qui mériterait peut-être un disque encore plus dur.
J'écoutais ça hier soir, Lulu sur les genoux, et je me suis dit que cette image-là j'aimerais bien la voir grande, en vrai, sur un mur. Pas sur Spotify. Pas sur mon téléphone. Sur un mur, avec la lumière qui change, et le grain qui devient encore plus sale au fil de la journée. C'est peut-être ça la dernière utilité d'une pochette en 2026 — exister comme image, autonome, accrochable, qui n'a plus besoin du disque pour respirer. Ce serait pas si triste, finalement.
Il pleut sur Paris depuis ce matin, c'est gris, c'est plat, et c'est exactement la météo qu'il faut pour regarder une pochette comme ça. La pluie se chargera de la cassure du verre, je m'occupe du reste.
Lisabuzz









Commentaires
monster_du_94
8 mai 2026
Cette pochette m'a fait pleurer 😭🖤 le retour de la vraie Gaga, celle de The Fame Monster, sans les paillettes mais avec la même intensité. Sannwald a tué le game
argentique_4ever
8 mai 2026
Le grain Lisa 🎞️🎞️ tu l'as vu c'est de l'argentique pur, j'ai discuté avec un photographe pro qui m'a confirmé Sannwald shoote en moyen format Hasselblad parfois. C'est la première fois en 5 ans qu'une pochette pop respecte la matière comme ça
paris_pluie_8h
8 mai 2026
« la pluie se chargera de la cassure du verre » 😩💧 Lisa stop tu vas trop loin. C'est trop beau pour un vendredi pluvieux
chromatica_loyaliste
8 mai 2026
Bon je vais defendre Chromatica quand même 🩷✨ c'était pas si mal. Mais oui Mayhem visuellement c'est une autre dimension, on est plus dans la pop classique on est dans le portrait d'art
modigliani_aficionado
8 mai 2026
La comparaison avec Modigliani 🎨😍 j'y aurais jamais pensé mais maintenant je peux plus la dépenser. Le visage étiré, la mélancolie, le côté hors-temps. Tu as raison Lisa
vinyl_rouge
8 mai 2026
J'ai commandé le pressage vinyle juste pour la pochette 😇🖤 c'est dingue ce qu'une bonne photo peut décider d'un achat. Mes 35 euros pour un objet à accrocher
sannwald_stan
8 mai 2026
+1 sur Sannwald 🔥📸 son shoot pour FKA Twigs sur Magdalene c'était déjà une masterclass de couches translucides. Le mec est obsédé par le filtre physique, c'est sa marque de fabrique
dance_floor_77
9 mai 2026
Pas d'accord sur le « pochette plus dure que le disque » 💃🎶 Mayhem c'est clairement conçu pour être dansé en club et la pochette c'est juste l'écrin chic. Faut pas chercher la cohérence partout
gaga_pre_2010
9 mai 2026
Cette pochette c'est l'admission qu'elle a vieilli 🥲🖤 et elle l'assume avec une grâce qu'on attendait pas. C'est tellement plus puissant que les costumes invraisemblables de l'an dernier
lulu_le_chien
9 mai 2026
Lulu était mentionné 🐶❤️ on a tous attendu le moment Lulu. Bisous au chien le plus écouteur du web français